Le dictionnaire du diable
(Editions Bibliothèques étrangère)
Abdomen
n. Temple du dieu Estomac, dans l'adoration duquel, et selon
certains rites, tous les hommes dignes de ce nom se doivent de
s'engager. Pour les femmes, cette religion antique ne demande
qu'une allégeance de principe. Elles officient quelquefois
à l'autel, sans grand coeur et sans grand talent, et ne
connaissent pas cette véritable dévotion que professent
les hommes pour cette religion essentielle. Si la femme avait
carte blanche sur les affaires du monde, la race serait vite granivore.
Adonner
à la boisson (s') v. Biberonner, s'imbiber, se pincer,
se noircir, lever le coude, se piquer la fraise, s'arroser la
dalle en pente. Au niveau de l'individu, c'est une pratique qui
est regardée avec une certaine désapprobation, mais
les nations qui consomment de l'alcool restent à l'avant
garde de la civilisation et du pouvoir. Quand ils se mesurent
aux soiffards de Chrétiens, les sobres Mahométans
tombent comme le foin devant la faux. En Inde, cent mille Anglais
mangeurs de rosbif et buveurs de brandy-soda tiennent sous leur
coupe deux cent cinquante millions de végétariens
abstinents, qui sont pourtant de la même race aryenne. Avec
quelle gracieuse aisance l'Américain amateur de Whisky
n'a-t-il pas jeté hors de ses possessions le tempérant
Espagnol ! Depuis le temps où les fous furieux ravagèrent
toutes les côtes de l'Europe de l'ouest et s'enivrèrent
dans chaque port conquis, c'est toujours la même histoire:
en tous lieux, les nations où l'on boit à l'excès
se distinguent par leur capacité à se battre assez
bien et pas trop honnêtement. C'est pourquoi les estimables
vieilles dames qui ont aboli les cantines de l'armée américaine
peuvent à juste titre se vanter d'avoir très exactement
renforcé la capacité militaire de la nation.
Appât
n. Sorte de préparation qui rend l'hameçon plus
agréable au goût. La meilleure recette est la beauté.
Appétit
n. Instinct délibérément implanté
par la Providence afin de sevir la Muse du Travail
Bacchus
n. Divinité colmplaisante inventée par les anciens
pour excuser leurs excès de boisson.
"Comment
serait-ce un péché
Quand c'est pour la dévotion
Que l'on doit au dieu Bacchus
Que l'alcool nous investit
Et qu'il nous anéantit"
Jorace
Bâfrer
v. Dîner.
Bouche
n. Pour l'homme , entrée des choses de l'âme,
pour la femme , sortie des choses du coeur.
Cannibale
n. Gastronome de l'ancienne mode qui reste attaché aux
saveurs simples et qui milite pour l'alimentation natuerelle pré-porcine.
Carnivore
adj. Qui s'adonne à l'action cruelle de manger l'infortuné
végétal, ainsi que ses usufruitiers et continuateurs.
Chair
n. Seconde personne de la païenne Trinité.
Chou-fleur
n.Légume potager à peu près aussi gros
et aussi réfléchi que la cervelle d'un homme. Le
chou-fleur doit son nom à l'empereur
chinois Chou F'Leu qui, en accédant à son trône,
institua un Haut Conseil de l'empire rassemblant les ministres
de son prédécesseur et les choux-fleurs des jardins
impériaux. Quand une décision quelconque dasn la
politique du prince se révélait être une monumentale
erreur, il était annoncé en grande pompe que des
têtes étaient tombées au Haut Conseil , et
cela calmait des esprits
Cochon
n. Animal (Porcus omnivorus) Etonnament proche de la race
humaine par la vivacité et la splendeur de son appêtit,
qui néanmoins lui est inférieur dans sa portée,
car il n'inclut pas le cochon.
Comestible
adj. Susceptible d'être mangé et digérer
comme un ver pour un crapaud pour un serpent, un serpent pour
un cochon, un cochon pour l'homme et l'homme pour un ver
Déjeuner
n. Breakfast pour un Américain qui a séjourné
à Paris. Prononciations variées.
Digestion
n. Transformation de victuailles en énergie. Quand
la fonction est défectueuse, le processus ne donne que
du fiel- constation qui a fait supposer à ce vieux farceur
de Dr . Jeremiah Blenn que les dames étaient plus volontiers
sujettes à la dysepsie que les hommes.
Dinde
n. Gros oiseau dont la chair , quand on la mange à
l'occasion de certains anniversaires religieux , a des vertus
de ferveur et de gtrâces. Incidemment, c'est un excellent
mets.
Ecrevisse
n. Petit crustacé qui ressemble
au homard mais en plus indigeste
Foie
n. Gros organe rouge intentionnellement fourni par la nature
pour se faire de la bile. Les sentiments et les émotions
, dont chaque anatomiste littéraire
sait maintenant qu'ils résident dans le coeur, étaient
autrefois supposés infester le foie; et même Gascoygne,
parlant de la facette émotionnelle de la nature humaine
l'appelait "notre part hépathique". Le
foie est le plus beau don que le ciel fit à l'oie;
sans lui , cet oiseau serait incapable de nous fournir le pâté
de Strasbourg.
Fourchette
n. Instrument dont la destination première est de déposer
des animlaux morts dans la bouche. C'est le couteau qui ,à
l'origine, était employé pour cet usage, et il conserve
pour certaines personnes la prépondérance sur l'autre
couvert, qu'elles ne rejettent cependant pas, mais qu'elles préférent
utiliser pour charger le couteau. L'immunité dont semblent
jouir ces individus, qui n'ont pas été sur le champ
frappés de mort subite, est l'une des preuves les plus
incontestables de la pitié du Très-Haut pour ceux
qui le haïssent.
Froment
n . Cérale dont on peut tirer un wiskey raisonnablerment
bon, non sans se donner un peu de mal, et qui permet également
de faire du pain. Les Français
sont réputés pour être les plus gros mageurs
de pain per capita avant toutes les autres populations
, ce qui est naturel, car ils sont les euls à savoir donner
du goût à cette pâte cuite.
Glouton
n . Personne qui échappe aux maux de la modération
en se livrant à la dysespsie.
Grenouille
n . Reptile muni de pattes comestibles. La première
mention de cet animal dans la littératureprofane date ,
chez Homère , du récit de la gurre des grenouilles
et des souris.(...)
Hachis
x. IL n'y a pas de définition pour ce mot- personne
ne sait ce que hachis peut bien être.
Indigestion
n. Mal que le patient et ses amis mélangent fréquemment
avec des convictions d'une foi profonde et le souci du salut de
l'humanité. Ainsi le premier primitif Homme rouge de l'ouest
déclare non sans , il faut l'avouer une certaine rigueur:
"Panse garnie, petite prière; grosse colique, loué
soit Dieu."
Laitue
n. Herbe du genre lactuta, " à travers
laquelle" dit le pieux gastronome Hengist Pelly, "Dieu
se plaît à récompenser le bon et à
punir le méchant. Car par sa vertu l'homme juste discerne
une manière de lui composer un assaisonnement à
l'appétence duquel cospirent une multitude de savoureux
condiments, liés entre eux par une quantité suffisante
d'huile,
l'ensemble faisant chanter le coeur du bienheureux et apportant
la lumière sur son visage. Tandis que la personne indigne
sombre au contraire dans la tentation de consommer la laitue sans
huile, sans moutarde, sans oeuf, sans sel ni ail, mais avec une
misérable giclée de vinaigre gâtée
par du sucre. D'où il s'ensuit que la mauvaise personne
se retrouve transpercée par d'abominables douleurs dans
les boyaux, et qu'elle chante sa petite "chanson"Laurier
n. Le laurus, végétal dédié à
Appolon , et défolié autrefois pour couronner le
front des vainqueurs et autres poètes bien côtés
en cour (Vide supra)
Manger
v . Accomplir successivement (et avec succès) les fonctions
de mastication et déglutition.
Pâté
n. Agent annonciateur d'une conclusion qui a pour nom indigestion
Satiété
n. La sensation que quelqu'un éprouve pour son assiette
après avoir amngé tout son content, Madame.
Sauce
n. Le plus incontestable des repères de
la civilisation et de l'élévation de l'esprit. Un
peuple qui n'a pas de sauces posséde un milliers de vices;
un peuple qui n'a qu'une sauce n'en posséde que neuf cent-quantre-vingt-dix-neuf.
Pour chaque sauce inventée et passée dans les moeurs,
un péché est enlevé et pardonné.
Vin
n . Jus de la vigne fermenté connu par les Ligues de
Femmes Chrétiennes comme une "boisson", quelquefois
comme "du rhum". Le vin , Madame, est pratiquement le
plus beau cadeau que Dieu fit à l'homme.