Barbecue de Jacky, petite braise et grille haute !

30 avril 2010 par · 6 Commentaires 

Jacky mon chéri ? Tu crois pas que pour nous 2 ça fait beaucoup ? T'inquiète je maîtrise...

Jacky mon chéri ? Tu crois pas que pour nous 2 ça fait beaucoup ? T'inquiète je maîtrise...

C’est sans aucun doute le mode de cuisson préféré et favori des alpha mâles comme autant de Jacky*, Robert* ou Gérard* qui sommeillent en nous. Surveillant le moindre coin de ciel bleu, il saute sur toutes les occasions pour jouer de la pince et de la spatule. Il a en permanence du charbon de bois, des sarments de vignes, et tout ce qui est capable de brûler et bien sûr du carburant accélérateur (kérosène**- térébenthine**-  Vodka**-  alcool à brûler**). Rien ne lui fait peur car les réminiscences de l’âge du feu qui sont rémanentes et incrustées dans son cerveau reptilien*** transcendent les considérations écologiques, sanitaires ou même organoleptiques.

Il prépare à grand renfort de soufflet électrique la braise qu’il veut épaisse et rayonnante. La femelle et la progéniture sont priées d’aller voir ailleurs. Seul le beauf et le copain préféré ont le droit d’assister au rituel, à condition qu’ils n’amènent pas leur science (seules les bouteilles de rosé ou les packs de canettes sont acceptés).

Le rituel sacré prend plusieurs heures. Les charcuteries et viandes sont achetées au supermarché  du coin pour être ensuite enlevés des barquettes sans ménagement, plongés dans l’huile et être ensuite plaquées sur le brasier. On ne loupe pas non plus le saupoudrage d’herbes de Provence directement importées de Hongrie. La chaleur accumulée carbonise tout ce qui en approche. L’alpha mâle est déjà cuit au propre comme au figuré  et les dix kilos de viande et de saucisses sont instantanément carbonisés, à la vitesse de la lumière (299 792 458 mètres par seconde quand même eh oui !). Tout le monde est invité à passer à table et à tout gober sinon ça vexerait Monseigneur. L’équation est simplissime : deux plombes au bas mot pour préparer les braises et sécher la cave. Deux secondes pour carboniser la bidoche et trois jours pour débarrasser le chantier. C’est tout ça le barbecue…

Alors les commerciaux, as du marketing, ont inventé les cantines roulantes, les faux barbecues, oui, ceux à gaz. Rutilants en Diable, ils supplantent dans votre panoplie affective le 4×4 que vous avez péniblement réussi à acheter à crédit malgré les réticences justifiées de votre épouse, lasse de vos désirs de paraître. Une fois le gaz allumé, on cuit à  une température et avec une irradiation de la chaleur qui n’a rien à voir avec celle produite par la braise, et les arômes spécifiques de la braise ne peuvent être remplacés par l’artefact moderne.

Revenons à nos (côtelettes de) moutons (en vérité de l’agneau). Le barbecue (barbeuk) pour les initiés, ce n’est pas seulement un truc de dégénérés, c’est bien aussi, si c’est correctement mené. Pour cela 2 règles à suivre impérativement : petite braise  et grille haute ! On applique ici la cuisson par radiation et pas par contact. Si l’allure est raisonnable vous n’enduirez pas les aliments de cette fumée toxique et âcre. Placée à une hauteur convenable vous pourrez cuire travers de porc, côtes de bœuf, carré d’agneau, poulet, poisson entiers, gambas et légumes.

La faute à ne pas commettre justement c’est de créer le brasier dantesque et de ruiner tout le charme de cette cuisson préhistorique. Le plaisir justement c’est effectivement de passer du temps à réguler la chaleur, à retourner les pièces et savoir temporiser. Ce que je décrivais comme le fer de lance de la plouquerie magistrale ne concerne pas cette notion appliquée de la cuisine paléontologique. Au fond il faut une certaine dose de réflexion et même d’intelligence (lâchons le bon mot !) pour maîtriser cette cuisson sauvage et délicate. En revanche les gentils noms d’oiseaux accompagneront les heureux possesseurs de ces affligeants barbecues à gaz !

*La liste des prénoms ne connote rien et n’est en rien méprisable

**(pas bien !)

*** rien d’injurieux ici.

Crédit photo : Lisa F. Young – Fotolia.com

A propos de Bertrand Simon
Bertrand voit la vie du bon côté avec son sel de cuisine et ses couteaux affutés, une bouteille d’eau sans bulle à portée de main. Avec la sono branchée et ses casseroles frémissantes il est hyper-sensible aux envols lyriques dirigés vers la face cachée de la lune, il lâcherait bien parfois le piano pour la guitare.

Commentaires

6 réponses à “Barbecue de Jacky, petite braise et grille haute !”
  1. mapillou dit :

    Ah ben quand-même j’ai eu peur…non parce que pour un Barbeuk avec des ptites côtes d’agneau à l’ail, une salade de patates avec plein d’herbes (pas de Provence mais du jardin, hein pas de Hongrie), des tomates juteuses, et bien moi je me damnerais!
    Effectivement, le gaz n’apporte pas la même saveur…
    Ce que je n’aime pas c’est que Jules y passe 3 heures (pour avoir une bonne braise et puis avec la grille en haut c’est long)…!!!
    Ici on a des allume-feu naturels (enfin, il paraît) et ça marche très bien!

  2. applemini dit :

    Il y aussi Hervé*, mais j’en connais un qui n’aime pas du tout le bbq!! Est-il l’exception qui confirme la régle?
    * ce prénom ne connote rien et n’a rien de méprisable, je crois sans me tromper qu’il ne l’a pas choisi.

  3. En tout cas, le barbecue à gaz est bien commode en Provence lorsque le Mistral souffle. La moindre flammèche du barbecue à charbon de bois peut enflammer la Provence et ses maisons, tout comme le mégot lancé par la portière de la voiture. Merci aux vacanciers d’être prudents.

  4. yves dit :

    tout ce que je pensais sans oser le dire, quand on m invite…. bien vu.
    parfois , on m oblige presque a « aider »
    mais quel gachis, ces saucisses et ces brochettes toutes noires…

  5. Anne dit :

    Pendant que l’homme se tient fièrement à coté de son bbq, la bouteille de bière à la main (variante avec le verre de rosé), en cuisine la femme s’attelle à confectionner les salades composées qui doivent atténuer le coté irrémédiablement anti-diététique des 5 kilos de barbaque recouverte de substances rendues hautement cancérigènespar les flammes et l »‘allume feu ». Tranquillement installé sur sa chaise en plastique, il la regarde qui épluche cuit, mélange, assaisonne… pendant que lui attend que la braise soit fin prête à recevoir son offrande de viande en barquette. A la fin du repas, pendant que l’épouse débarrasse et amène le dessert, l’homme, avec sur le visage une expression satisfaite sur le visage qui n’est pas sans rappeler le mystérieux sourire de la Joconde demande avec une bonne foi qui force l’admiration : « alors chérie, t’es contente? j’ai fait la cuisine ! »
    On me l’a raconté comme étant une histoire drôle mais je lui trouve un arrière goût d’amère réalite.
    Bises à tous les Gérard et à leurs Josette

  6. Nedda dit :

    @Anne : je n’avais jamais vu les choses sous cet angle, mais c’est pas faux ! (au fait, il manque un H majuscule à « homme » :) ).
    On n’oublie pas non plus les applaudissements nourris des invités en délire, qui finissent par scander des : « Gé-rard Gé-rard » dignes de la meilleure secte.
    Toute ma compassion à la confrérie des Josette.

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