Mano Solo
20 janvier 2012 par Bertrand Simon · 10 Commentaires
Même si j’ai comme le quidam lambda toujours quelque chose à critiquer, il faut reconnaître que les occasions de râler se bousculent à ma porte, en flux continu. Jusque dans mon ordinateur, sur mon lieu de travail, dans la rue, en conduisant, oui, c’est le flux tendu de l’agacement et croyez moi, c’est vraiment désagréable à vivre.
Moi qui espérais, lorsque j’étais jeune, participer à l’éveil d’une nouvelle ère, bercé par les leitmotiv babas cools hérités de Woodstock, des Black Panthers, de Muhamed Ali, Angela Davis, François Béranger… persuadé qu’un monde bourré d’intelligence, de tolérance, de beauté intérieure, remplacerait à jamais la fiente laissée par nos aînés. Alors bien sûr quand on regarde ce qu’on a à voir aujourd’hui, il y a de quoi bad tripper à mort.
Mais aujourd’hui j’ai enfin repris conscience et comme pour me protéger je choisis de devenir zen, baba cool comme au temps du Flower Power.
Combattre les chimères, argumenter devant l’imperméabilité de l’esprit, éduquer et enseigner dans la douleur et le conflit devient un sacerdoce fatiguant  qui aboutit à la stérilité de l’esprit. Semer contre le vent, chercher à remplir le vacuum des uns et l’inaccessibilité des autres est épuisant.
Un jour Benoît Bernard le chef étoilé de la Laiterie de Lambersart avec qui je n’entretenais pas de lien vraiment fraternels a déclaré à un journaliste local qu’il préférait parler à un turbot qu’à ses clients (qui paraboliquement parlant pourrait signifier « les autres »). Cette phrase a été bien sûr commentée avec soin et le caractère du personnage a alimenté les brèves de comptoirs ou les arrières cuisine durant de belles années.
Peut être avait-il raison, car aujourd’hui, comme lui, je m’extasie davantage et avec moultes émotions devant le travail de mes mains expertes que devant la décevante et triste nature humaine qui ne m’apporte que si peu de jubilation, aussi je m’hypnotise à les regarder mes deux mains capables de mener avec perfectibilité ces prouesses du quotidien :
- La perfection du développement de mes choux et la rationalisation millimétrique de mes proportions.
- Le tourage merveilleux de mon feuilletage à 6 tours.
- La quintessence savorique de ma sauce vin rouge.
- L’indécente merveille qu’est la dariole de cuisses de grenouilles magnifiquement masquée à la farce mousseline à la panade grassement beurrée.
- L’époustouflante finition de la blanquette de veau cuite au ralenti et finalisée au roux, cuit, cloqué, à la perfection.
- La beauté simplement joufflue de mes pommes tournées.
- La si rafraîchissante noix de Saint Jacques amoureusement roulée dans mon beurre noisette.
- Le blanc juteux de mon poulet à peine rôti à juste température et son jus calmement réduit.
- Les sublimes teintes de mon magret juste cuit rosé .
- Les arômes indécents de mes filets de soles sautés et servis avec un déglacé de citron, piment et monté au beurre… et je passerai tant de jours à vous les raconter, car au fond mes mains ne m’ont jamais trahi.
Jamais, non,  jamais mes mains ne m’ont détournées de ce que je fais le mieux : Rendre vie à ces produits morts, écorchés, vidés, exsanguinés, arrachés, mortifiés. Pourtant il n’y a pas de quoi être fier, je fais à manger !
Je coupe, je tranche, je lave, je découpe, je cuis, je sale, je poivre et je sers, j’envoie et je nettoie et je recommence. Je dis je, mais ce sont bien elles, mes mains qui se tapent tout le boulot.
Alors oui, sur le coup, je le rejoins le trublion, et moi aussi il y a bien des jours où je préférerai ne parler qu’à mes mains, aux produits, plutôt qu’aux humains que je croise, dans les cuisines ou ailleurs.
Ici sur Chefsimon.com, et Cuisine Avenue, c’est bien. C’est entrée libre avec ticket de motivation. Ici je suis à l’aise et ma foi, ce qui est bien c’est que je ne croise pas grand monde et celui que je côtoie se sélectionne par l’affinité. La paix méritée, le calme espéré. Dans la vraie vie, esseulé, je regarde avec amour et respect ces deux mains à qui je dois tout mon savoir-faire, fier de ce qu’elles m’offrent dans un silence et une estime partagés.
BS




Aquarius! Aquaaaaaarius!
C est un grand cri de Shalalalala…
J’ai toujours dit que mes mains étaient si petites, que quand je mettais une gifle, tous riaient.
Je ne frappe jamais, j’ai la chance que cette paire me permette de cuisiner…Je pêche à la truite, je pilote, il m’arrive aussi d’ouvrir de jolis flacons…Pour ce qui est des valeurs…que l’on soit de n’importe quel pays…même français, et aussi belge…la cinquantaine que je gère…plus où moins… chacun doit le gérer…tant que la santé, richesse inestimable veut bien rester partenaire…il sera possible de vivre de jolis moments…Je n’oublie pas une valeur qui me tient énormément à coeur; partager…ce que l’on peut.
Quel est l’imbécile qui a dit : « Jeux de mains jeux de vilains ».
La prose du Chef me fait chaud au cÅ“ur, à moi qui n’est jamais rien su faire de ses mains. A part des petits petits plaisirs culinaires avec aussi la musique avec un niveau suffisamment fort pour couvrir le bruit de la hotte. Merci Chef. Peace and Love.
Bonjour chef,
On a pas finit de « bad tripper » je crains, moi je suis par la force des choses bercée aux barbapapa dont le programme me semble idéal pour les présidentielles. On a tout à y gagner ! (vu ce qu’on a…) Oui on a de quoi avoir envie de revenir à l’essentiel et à ma façon ma créativité culinaire et autre me réconforte.
Barbatruc à tous !
Chef, bravo pour votre accession au Zen, on fait son meilleur travail quand on se sent calme « inside ». quand vous avez besoin de vous recentrer, pensez aussi à tous ceux que vous avez aidés, et à tout ceux que vous aller encore aider, dont moi-même. votre recette de la blanquette de veau est magistrale. ou magique, dirais-je; votre insistence en ce cas (et d’autres), de cuisson lente et à basse température, n’arrivant jamais à l’ébullition franche (si j’ai bien compris), m’a donné des résultats que jamais aucune recette ne m’avait apporté, en légèreté de la viande, en sapidité (j’ai salé après 20 min à 85/90°), enfin cette recette, qui fait donc maintenant partie de mon petit panthéon, vous y a aussi inscrit, et je suis un de vos fervents admirateurs (pourquoi les dit-on toujours fervents, les admirateurs?) et disciple, à distance comme beaucoup d’autres, mais assoiffé de vos connaissances… non, là ç’est trop, j’arrête d’en jeter, mais dans le fond, si, si, ç’est bien ça!
bien amicalementà tous
Oulà là ……..y’a de la révolte dans l’air…………….. , bienvenue ! et oui le feu d’artifice va être beau cette année avec toute ces couleurs de rage , de ras le bol,de y’en a marre .
Bonjour
Il y a longtemps que je voulais écrire pour dire combien ce site m’est utile et agréable : dès que je me pose une question culinaire c’est lui que je consulte et je le fais connaitre. Dimanche dernier j’ai régalé avec les filets de veau au poivre simple mais cuit à point, le filet, quelle merveille !!!
Voilà de quoi remettre du baume au coeur du chef déprimé par l’âme humaine.
Merci encore
Bonjour!
Allons,allons,Chef!Ne vous pas passer pour le misanthrope
que vous n’êtes pas,la preuve,ce site ouvert à tous et au fond
rebelle qui me fait l’apprécier!
Une chanson qui illustre vos propos:
http://youtu.be/4C2v38JG8cI
Bien cher Chef SIMON
Je suis très surpris par votre spleen …… ce n’est pas vous !!!!
Gardez en tête : Bien faire et laisser dire !!!!! et aussi : Les chiens aboient, la caravane passe.
Merci beaucoup pour tout et gardez confiance, vous êtes le meilleur des ( Pantins ) que l’on voit à tout moment à la télé.