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Sommaire Cinéma
CUISINE
AMERICAINE (1998)
Réalisateur
Jean-Yves Pitoun Acteurs Eddy Mitchell, Irène Jacob, Jason Lee

Une
comédie, nous plonge au coeur des cuisines d'un quatre étoiles
français. Un jeune cuisinier de New York
fraîchement viré de la Marine américaine se retrouve à Dijon dans
le prestigieux restaurant de son idole,
Louis Boyer (Eddy Mitchell), chef irascible et néanmoins génial.
Tout le monde doutant qu'un Américain soit
capable de faire de la bonne cuisine, c'est avec le sourire qu'il
répondra aux remarques impertinentes de la
gentille fille du chef (Irène Jacob, bien sûr): «T'as acheté du
ketchup? Pas besoin, j'en ai toujours sur moi.»
Très drôle. La toujours gentille fille du patron va finalement
se laisser séduire par les saveurs de l'immigré,
facteur d'intégration parfait puisqu'ils reprendront en amoureux
le restaurant du père. Happy end.
Le hamburger est alors ingéré par la cassolette de veau au cépage
blanc.
Film
superbe, admirablement bien interprété
Un
commentaire relatif aux interrogations soulevées par le film
CUISINE
AMERICAINE ·
Prononcer
cuisine américaine accourent immédiatement sur mes papilles
une poignée
croquante de pop-corn, le doucereux fumet de quelque hamburger,
et bien sûr les
médicinales effluves du grand verre de Coca. L'image, j'en
conviens, est schématique, un
brin provocatrice et caricaturale. Elle traduit néanmoins
une certaine réalité. Que, du
reste, le géant s'efforce, sans vergogne, d'exporter et d'imposer
sur toute la planète.
Cette cuisine-là - est-ce d'ailleurs raisonnable d'employer
un tel terme pour désigner ces
produits transformés justes capables de combler des envies,
ou des besoins, de
grignotage, sans jamais pénétrer l'univers convivial du repas
pris en commun ? - si elle se
développe à toute allure, aux ETATS-UNIS comme dans le reste
du monde, ne saurait, à
elle seule, résumer la gastronomie de l'Oncle Sam. Sans tomber
dans les cocoricos
nationalistes montant aux pinacles la cuisine française, reconnaissons
que nos usages
alimentaires se sont très lentement construits, et codifiés
- souvent d'ailleurs à outrance
ouvrant, du même coup, un espace pour l'apparition, dans les
années soixante, de ce que
l'on a appelé " la nouvelle cuisine " - tout au long de notre
histoire. La démarche fut
identique dans la plupart des vieux pays, singulièrement en
Chine. Elle est toute différente
aux USA. Construite sur l'éradication quasi-totale des populations
autochtones, sur
l'importation massive, dans le Sud, d'esclaves arrachés d'Afrique,
et sur l'arrivée des
" pionniers " venus d'Europe, la nation américaine a démarré,
dans sa composante
culinaire, sur une sorte de melting-pot sans racines, ni traditions
globales. L'apport
ultérieur de diverses vagues d'immigrations, notamment italiennes,
chinoises et
asiatiques, mexicaines, et juives d'Europe, a renforcé encore
cette donne. Au point qu'il
semble des plus difficiles de déterminer ce qui serait précisément
" la " cuisine
américaine. On pourra, bien sûr, évoquer quelques ingrédients
de base. Déjà consommés
du temps des Indiens, le maïs et le potiron en font partie.
Du premier, on tire toujours,
outre ces petits grains soufflés que l'on croque à grand bruit
dans les salles obscures, les
fameux épis bouillis arrosés largement d'un moussant beurre
fondu (c'est le corn on the
cob), et cette farine façonnant les épaisses tortillas tant
en vogue dans le Nouveau-
Mexique. Du second naissent moult soupes, tartes et entremets.
Le riz est venu s'y
ajouter. Particulièrement vers la Nouvelle-Orléans. Avec mille
et un apprêts fortement
influencés par la culture créole. On aura, également, tendance
à mettre sur la table les
images d'Epinal mises en avant par les westerns : grande poêle
noire dans laquelle
frétillent les oufs ou le bacon, vieille marmite accueillant
quelques rustiques et
roboratives potées, à base bien souvent de haricots ou autres
féculents. On y ajouterait
volontiers le barbecue, avec viandes rouges, et moins souvent
poissons, et ces viandes
cuites au four à même une planche de bois. Dans un pays si
vaste, où les immigrations
successives ont investi tel ou tel territoire, existent évidemment
des différences
régionales. Le gibier foisonne dans l'Oregon, poissons et
fruits de mer font merveille du
côté de la Californie, volailles et jambon sont encore à la
mode en Virginie, on n'en finit
pas de se régaler de crevettes, de crabes et de tortue en
Floride, d'agréables relents
français se perçoivent en Louisiane, d'aigres-douces saveurs
allemandes montent du
Wisconsin, pendant que les flaveurs pimentées flottent tout
au long de la frontière
mexicaine. Reste que tout cela s'estompe avec le brassage
des populations, l'évolution
des modes de vie, la mondialisation et le poids de plus en
plus grand des géants de
l'agroalimentaire.
Jacques
Teyssier
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