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Sommaire
littérature
Jean
de La BRUYERE
(1645-1696)

Moraliste
français, auteur des Caractères. La vie de La Bruyère Né à Paris
le 17 août 1645, Jean de La Bruyère était de famille bourgeoise.
Il fréquenta le collège des Oratoriens, puis fit des études de
droit à Orléans. Devenu avocat, il acheta une charge de trésorier
des Finances (1673) puis mena à Paris une vie modeste et simple.
En 1684, grâce à Bossuet, il fut nommé précepteur du duc de Bourbon,
petit-fils du Grand Condé, et, à partir de 1686, il en devint
le secrétaire. Ce sont ces charges qui lui procurèrent l'occasion
d'observer les mœurs de la cour.
"Cliton",
extrait des Caractères de Labruyère.
(Christophe
Ottello)
Ce texte a-t-il sa place dans un site consacré à la gastronomie
? oui, à condition de vouloir en corriger les excès... Ce seul
ouvrage de Labruyère a connu un énorme succès du vivant de son
auteur : 9 rééditions, à chaque fois augmentées de nouvelles pages
! On se l'arrachait pour y découvrir de féroces caricatures, et
tâcher de reconnaître les modèles des personnages. De nombreuses
"clefs" sensées identifier ces portraits au vitriol ont même circulé
officieusement. Mais on peu encore s'amuser à retrouver certains
de nos contemporains sous les traits des personnages des "Caractères".
Je trouve pour ma part que Cliton ressemble beaucoup à l'un de
nos critiques gastronomiques des plus célèbres. Je tairai son
nom, et je dirai seulement qu'il possède la même initiale que
Cliton... Et si on aime les calembours, on dira que cette fois-ci
encore, Labruyère a l'ironie "mordante" et qu'il a "la dent dure"...
Les
Caractères :
Chapitre XI : De l'Homme
Morceau 122 :
Cliton n'a jamais eu en toute sa vie que deux affaires, qui est
de dîner le matin et de souper le soir; il ne semble né que pour
la digestion. Il n'a de même qu'un entretien : il dit les entrées
qui ont été servies au dernier repas où il s'est trouvé; il dit
combien il y a eu de potages, et quels potages; il place ensuite
le rôt et les entremets; il se souvient exactement de quels plats
on a relevé le premier service ; il n'oublie pas les hors-d'oeuvre,
le fruit et les assiettes ; il nomme tous les vins et toutes les
liqueurs dont il a bu ; il possède le langage des cuisines autant
qu'il peut s'étendre, et il me fait envie de manger à une bonne
table où il ne soit point. Il a surtout un palais sûr, qui ne
prend point le change, et il ne s'est jamais vu exposé à l'horrible
inconvénient de manger un mauvais ragoût ou de boire d'un vin
médiocre. C'est un personnage illustre dans son genre, et qui
a porté le talent de se bien nourrir jusques où il pouvait aller
: on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien;
aussi est-il l'arbitre des bons morceaux, et il n'est guère permis
d'avoir du goût pour ce qu'il désapprouve. Mais il n'est plus
: il s'est fait du moins porter à table jusqu'au dernier soupir;
il donnait à manger le jour qu'il est mort. Quelque part où il
soit, il mange ; et s'il revient au monde, c'est pour manger.
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