
George Sand
(1804-1876)
L'auteur :
George Sand est le pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, romancière et écrivain français, plus tard baronne Dudevant, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte à Nohant le 8 juin 1876. Elle a écrit des romans, des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre, une autobiographie, des critiques littéraires, des textes politiques.
L'oeuvre :
George SAND
LE GNOME DES HUITRES
SAND, Armandine Lucie Aurore Dupin,
baronne Dudevant dite George (1804-1876) : Contes d'une
grand'mère, (1875).
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Saisie du texte : Sylvie Pestel pour la collection électronique
de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (11.I.1999) Texte
relu par : A. Guézou
Diffusion libre et gratuite (freeware)
Texte établi sur l'édition de Paris : R. Simon, 1936.
Le Gnome des huîtres par George
Sand
Un original de nos amis, grand amateur
d'huîtres, eut la fantaisie, l'an dernier, d'aller déguster
sur place les produits des bancs les plus renommés,
afin de les comparer et d'être édifié une fois pour
toutes sur leurs différents mérites. Il alla donc à
Cancale, à Ostende, à Marennes, et autres localités
recommandables. Il revint persuadé que Paris est le
port de mer où l'on trouve les meilleurs produits maritimes.
Vous connaissez cet ami, mes chères petites, vous savez
qu'il est fantaisiste, et que, quand il raconte, son
imagination lui fait dépasser le vraisemblable. L'autre
soir, il était en train de nous narrer son voyage, lorsque
l'homme au sable a passé. Vous avez résisté le mieux
possible ; mais enfin il vous a fallu dire bonsoir à
la compagnie, et vous auriez perdu cette curieuse histoire,
si je ne l'eusse transcrite fidèlement pour vous, le
soir même. La voici telle que je l'ai entendue. C'est
notre ami qui parle : * ** Vous savez aussi bien que
moi, mes chers amis, qu'on peut habiter les bords de
la mer et n'y manger de poissons, de crustacés et de
coquillages que lorsqu'on en demande à Paris. C'est
là que tout s'engouffre, et vous vous souvenez que,
sur les rives de la Manche, nous n'en goûtions que quand
les propriétaires des grands hôtels de bains en faisaient
venir de la Halle. Bien que averti, je voulus, l'an
dernier, expérimenter la chose par moi-même. Je restai
vingt-quatre heures à Marennes avant d'obtenir une demi-douzaine
d'huîtres médiocres que je payai fort cher. Ailleurs,
je n'en obtins pas du tout. Dans certains villages,
on m'offrit des colimaçons. Enfin, je gagnai Cancale,
où les huîtres étaient passables et le vin blanc de
l'auberge excellent. Je me trouvai à table à côté d'un
tout petit vieillard bossu, ratatiné et sordidement
vêtu, qui me parut fort laid et avec qui pourtant je
liai conversation, parce qu'il me sembla être le seul
qui attachât de l'importance à la qualité des huîtres.
Il les examinait sérieusement, les retournant de tous
côtés. - Est-ce que vous cherchez des perles ? lui demandai-je.
- Non, répondit-il ; je compare cette espèce, ou plutôt
cette variété, à toutes celles que je connais déjà.
- Ah ! vraiment ? vous êtes amateur ? - Oui, monsieur
; comme vous, sans doute ? - Moi ? je voyage exclusivement
pour les huîtres. - Bravo ! nous pourrons nous entendre.
Je me mets absolument à votre service. - Parfait ! Avalons
encore quelques-uns de ces mollusques et nous causerons.
- Garçon ! apportez-nous encore quatre douzaines d'huîtres.
- Voilà, monsieur ! dit le garçon en posant sur la table
quatre bouteilles de vin de Sauterne. - Que voulez-vous
que nous fassions de tout ce vin ? demanda d'un ton
bourru le petit homme. - Une bouteille par douzaine,
est-ce trop ? dit le garçon en me regardant. - On verra,
répondis-je. Vos huîtres sont diablement salées. N'importe,
pourvu qu'il y en ait à discrétion... Le garçon sortit.
Je vidai une bouteille avec le petit vieux, qui me parut
ne pas se faire prier, du moment où il comprit que je
payais. Le garçon rentra. - Monsieur, dit-il, il n'y
a plus d'huîtres très grasses. Mais monsieur n'a qu'à
commander ce qu'il en veut pour demain ! - Allez au
diable ! j'ai cru tomber ici sur une mine inépuisable...
- Il y en a, monsieur, il y en a en quantité, mais il
faut les pêcher. - Eh bien, j'irai les pêcher moi-même.
Apportez le déjeuner. Le déjeuner fut bon et nous y
fîmes honneur. Les soles étaient excellentes, le vin
était sans reproche. Mais le dépit de n'avoir point
d'huîtres m'empêcha de savourer ce qu'on m'offrait.
Je bus et mangeai sans discernement, causant toujours
avec mon petit vieux, qui semblait compatir à ma peine
et prendre intérêt à mon exploration manquée. Si bien
qu'à la fin du repas je ne saisissais plus très clairement
le sens de ses paroles ni la vue des objets environnants.
Le gnome, car il avait réellement l'aspect d'un gnome,
me paraissait un peu ému aussi, car il passa son bras
sous le mien avec une familiarité touchante en m'appelant
son cher ami, et en jurant qu'il allait me révéler tous
les secrets de la nature concernant les huîtres. Je
le suivis sans savoir où j'allais. La vivacité de l'air
achevait de m'éblouir, et je me trouvai avec lui dans
une sorte de grotte, de cave ou de chambre sombre, où
étaient entassés des monceaux de coquillages. - Voici
ma collection, me dit-il d'un air triomphant : je ne
la montre pas au premier venu ; mais, puisque vous êtes
un véritable amateur..., tenez, voici la première des
huîtres ! ostrea matercula de l'étang permien. - Voyons
! m'écriai-je en saisissant l'huître et en la portant
à mes lèvres. - Vous voulez la manger ? fit le gnome
en m'arrêtant : y songez-vous ? - Pardon ! j'ai cru
que vous me l'offriez pour cela. - Mais, monsieur, c'est
un échantillon précieux. On ne le trouve qu'en Russie,
dans les calcaires cuivreux. - Cuivreux ? merci ! Vous
avez bien faire de m'arrêter ! Mon déjeuner ne me gêne
point et je ne recherche pas les oxydes de cuivre en
guise de dessert. Passons. Ces ostrea, comme vous les
appelez, ne me feront pas faire le voyage de Russie.
- Pourtant, monsieur, dit le gnome en reprenant son
huître, elle est bien intéressante, cette représentante
des premiers âges de la vie ! Au temps où elle apparut
dans les mers, il n'existait ni hommes ni quadrupèdes
sur la terre. - Alors, que faisait-elle dans ce monde
? - Elle essayait d'exister, monsieur, et elle existait
! Allez-vous dire du mal des premières huîtres, sous
prétexte que vous n'étiez pas encore né pour les manger
? - Je vis que j'avais fâché le gnome et je le priai
de passer à une série plus récente. - Procédons avec
ordre, reprit-il ; voici ostrea marcignyana, des arkoses
et des grès du Keuper. - Elle n'a pas bonne mine, elle
est toute plissée et doit manquer de chair. - Les animaux
de son temps ne la dédaignaient pas, soyez-en sûr. Aimez-vous
mieux ostrea arcuata, autrement la gryphée arquée du
lias inférieur ? - Je la trouve jolie, elle ressemble
à une lampe antique, mais quel goût a-t-elle ? - Je
n'en sais rien, répondit le gnome en haussant les épaules.
Je n'ai pas vécu de son temps. Il y a deux cent cinq
espèces principales d'huîtres fossiles avec leurs variétés
et sous-variétés, ce qui forme un joli total. Je puis
vous montrer la variété d'ostrea arcuata. Tenez ! mangez-la
si le coeur vous en dit ! - Oh ! oh ! à la bonne heure
! Celle-ci est belle, et, dans mes meilleurs jours d'appétits,
je pense qu'une douzaine me suffirait. - Aussi nous
l'appelons gigantea. En voulez-vous de plus petites
? Voici une prétendue variété que je ne crois pas être
autre chose que l'arcuata dans son âge tendre. En voulez-vous
un plat ? On la trouve à foison dans le sinémurien.
- Merci ! il me faudrait un cure-dent pour les tirer
de leur coquille et trente-six heures à table pour m'en
rassasier. - Eh bien, voici l'ostrea cymbium, du lias
moyen. - C'est trop gros, ce doit être coriace. - Aimez-vous
mieux marshii cristagalli, du bajocien ? - Elle est
jolie ; mais le moyen d'ouvrir toutes ces dentelures
en crête de coq ? Vraiment, tout ce que vous me montrez
ne vaut pas le diable ! - Monsieur n'est pas content
de mes échantillons ? Voici pourtant la gregaria, dont
la dentelure est merveilleuse, et que vous auriez pu
trouver dans les falaises de marne du Calvados. Mais
passons quelques espèces, puisque vous êtes pressé.
Traversons l'oolithe. N'accorderez-vous pas pourtant
un regard à ostrea virgula, du kimmeridge clay ? - Pas
de virgule ! m'écriai-je impatienté de ces noms barbares.
Passez, passez ! - Eh bien, monsieur, nous voici dans
les terrains crétacés. Voici ostrea couloni, des grès
verts, une belle huître, celle-là, j'espère ! Voici
aquila (du gault) encore plus grosse ; flabellata frons,
carinata, avec sa longue carène. Mangeriez-vous bien
la douzaine ? J'en passe, et des meilleures ; mais voici
la merveille, c'est l'ostrea pes-leonis de la craie
blanche. Celle-ci ne vous dit-elle rien ? Il me tendait
un mollusque énorme, tout dentelé, tout plissé, et revêtu
d'un test d'aspect cristallin qui avait réellement bonne
mine. - Vous ne me ferez pas croire, lui dis-je, que
ceci soit une huître ! - Pardon, c'est une véritable
huître, monsieur ! - Huître vous-même ! m'écriai-je
furieux. J'avais reçu de sa petite patte maigre le mollusque
nacré sans me douter de son poids. Il était tel, que,
ne m'attendant à rien, je le laissai tomber sur mon
pied, ce qui, ajouté à l'ennui que me causait la nomenclature
pédantesque du gnome, me mit, je l'avoue, dans une véritable
colère ; et, comme il riait méchamment, sans paraître
offensé le moins du monde d'être traité d'huître, je
voulus lui jeter quelque chose à la tête. Je ne suis
pas cruel, même dans la colère, je l'aurais tué avec
l'huître pied de lion ; je me contentai de lui lancer
dans la figure une poignée de menue mitraille que je
trouvai sous ma main et qui ne lui fit pas grand mal.
Mais alors il entra en fureur, et, reculant d'un pas,
il saisit un gros marteau d'acier qu'il brandit d'une
main convulsive. - Vous n'êtes pas une huître, vous
! s'écria-t-il d'une voix glapissante comme la vague
qui se brise sur les galets. Non ! vous n'êtes pas à
la hauteur de ce doux mollusque, ostrea oedulis des
temps modernes, qui ne fait de mal à personne et dont
vous n'appréciez le mérite que lorsqu'il est victime
de votre voracité. Vous êtes un Welche, un barbare !
vous touchez sans respect à mes fossiles, vous brisez
indignement mes charmantes petites columboe de la craie
blanche, que j'ai recueillies avec tant de soin et d'amour
! Quoi ! je vous invite à voir la plus belle collection
qui existe dans le pays, une collection à laquelle ont
contribué tous les savants de l'Europe, et, non content
de vouloir tout avaler comme un goinfre ignorant, vous
détériorez mes précieux spécimens ! Je vais vous traiter
comme vous le méritez et vous faire sentir ce que pèse
le marteau d'un géologue ! Le danger que je courais
dissipa à l'instant même les fumées du vin blanc, et,
voyant que j'étais entouré de fossiles et non de comestibles,
je saisis à temps le bras du gnome et lui arrachai son
arme ; mais il s'élança sur moi et s'y attacha comme
un poulpe. Cette étreinte d'un affreux bossu me causa
une telle répugnance, que je me sentis pris de nausées
et le menaçai de tout briser dans son musée d'huîtres
s'il ne me lâchait pas. Je ne sais trop alors ce qui
se passa. Le gnome était d'une force surhumaine ; je
me trouvai étendu par terre, et, alors, ne me connaissant
plus, je ramassai la redoutable ostrea pes-leonis pour
la lui lancer. Il prit la fuite et fit bien. Je me relevai
et me hâtai de sortir de l'espèce d'antre qu'il appelait
son musée, et je me trouvai sur le bord de la mer, face
à face avec le garçon de l'hôtel où j'avais déjeuné.
- Si monsieur désire des huîtres, me dit-il, nous en
aurons à dîner. On m'en a promis douze douzaines. -
Au diable les huîtres ! m'écriai-je. Qu'on ne m'en parle
plus jamais ! Oui, que le diable les emporte toutes,
depuis la matercula des terres cuivreuses jusqu'à l'oedulis
des temps modernes ! Le garçon me regarda d'un air stupéfait.
Puis, d'un ton de sérénité philosophique : - Je vois
ce que c'est, dit-il. Le sauterne était un peu fort
; ce soir, on servira du chablis à monsieur. Et, comme
j'allais me fâcher, il ajouta gracieusement : - Monsieur
a été sobre, mais il a déjeuné en compagnie d'un fou,
et c'est cela qui a porté à la tête de monsieur. - En
compagnie d'un fou ? Oui, certes, répondis-je ; comment
appelez-vous ce gnome ? - Monsieur l'appelle par son
vrai nom, car c'est ainsi qu'on le désigne dans le pays.
Le gnome, c'est-à-dire le poulpiquet des huîtres. Ce
n'est pas un méchant homme, mais c'est un maniaque qui,
en fait d'huîtres, ne se soucie que de l'écaille. On
le tient pour sorcier : moi, je le crois bête ! Monsieur
a eu à se plaindre de ses manières ? Je ne voulus pas
raconter à ce garçon d'hôtel ma ridicule aventure, et
je m'éloignai, résolu à faire une bonne promenade sur
le rivage, afin de regagner l'appétit nécessaire pour
le dîner. Mais je n'allai pas loin. Un invincible besoin
de dormir s'empara de moi, et je dus m'étendre sur le
sable en un coin abrité. Quand j'ouvris les yeux, la
nuit était venue et la mer montait. Il n'était que temps
d'aller dîner et je marchai avec peine sur les mille
débris que rapporte sur la grève la marée qui lèche
les rivages, vieux souliers, vieux chapeaux, varechs
gluants, débris d'embarcation couverts d'anatifes gâtés
et infects, chapelets de petites moules, cadavres de
méduses sur lesquels le pied glisse à chaque pas. Je
me hâtais, saisi d'un dégoût que la mer ne m'avait jamais
inspiré, lorsque je vis errer autour de moi dans l'ombre
une forme vague qui, d'après son exiguïté, ne pouvait
être que celle du gnome. J'avais l'esprit frappé. Je
ramassai un pieu apporté par les eaux, et me mis à sa
poursuite. Je le vis ramper dans la vase et chercher
à me saisir les jambes. Un coup vigoureusement appliqué
sur l'échine lui fit jeter un cri si étrange, et il
devint si petit, si petit, que le vis entrer dans une
énorme coquille qui bâillait à mes pieds. Je voulus
m'en emparer : horreur ! mes mains ne saisirent qu'une
peau velue, tandis qu'une langue froide se promenait
sur mon visage. J'allais lancer le monstre à la mer,
lorsque je reconnus mon bon chien Tom, que j'avais enfermé
dans ma chambre, à l'hôtel, et qui avait réussi à s'échapper
pour venir à ma rencontre. Je rentrai alors tout à fait
en moi-même et je m'en allai dîner à l'hôtel, où l'on
me servit d'excellentes huîtres à discrétion. J'avoue
que je les mangeai sans appétit. J'avais la tête troublée,
et m'imaginais voir le gnome s'échapper de chaque coquille
et gambader sur la table en se moquant de moi. Le lendemain,
comme je m'apprêtais à déjeuner, je vis tout à coup
le gnome en personne s'asseoir à mes côtés. - Je vous
demande pardon, me dit-il, de vous avoir ennuyé beaucoup
hier avec mes fossiles. J'avais encore à vous en montrer
quelques-uns des terrains crétacés, entre autres l'ostrea
spinosa, qui est fort curieuse. L'étage de la craie
blanche est fort riche en espèces différentes. Après
cela, nous serions arrivés aux terrains tertiaires,
où nous aurions trouvé la bellovacina et la longirostris,
qui se rapprochent beaucoup des huîtres contemporaines
l'oedulis et la perlière. - Est-ce fini ? m'écriai-je,
et puis-je espérer qu'aujourd'hui, du moins, vous me
laisserez manger en paix l'oedulis cancalis, sans m'assassiner
avec vos fossiles indigestes ? - Vous avez tort, reprit-il,
de mépriser l'étude géologique de l'huître. Elle caractérise
admirablement les étages géologiques ; elle est, comme
l'a dit un savant, la médaille commémorative des âges
qui n'ont point d'histoire : elle marque, par ses transformations
successives, le lent et continuel changement des milieux
auxquels sa forme a su se plier. Les unes sont taillées
pour la flottaison comme arcuata et carinata. D'autres
ont vécu attachées aux roches, comme gregaria et deltoïdea.
En général, l'huître, par sa tendance à l'agglomération,
peut servir de modèle aux sociétés humaines. - Exemple
trop suivi, monsieur ! repris-je avec humeur. Je vous
conseille, en vérité, de prêcher l'union des partis,
à l'état de bancs d'huîtres ! - Ne parlons pas politique,
monsieur, dit le gnome en souriant. La science ne s'égare
pas sur ce terrain-là. C'est l'étage supérieur des terrains
modernes, qu'on pourrait appeler le conservator-bank.
- Si l'on peut rire avec vous, à la bonne heure ! repris-je.
Vous me paraissez mieux disposé qu'hier. - Hier ! Aurais-je
manqué à la politesse et à l'hospitalité ? J'en serais
désolé ! Vous m'aviez fait boire beaucoup de sauterne
et je suis habitué au cidre. Je me rappelle un peu confusément...
- Vous ne vous souvenez pas d'avoir voulu m'assassiner
? - Moi ? Dieu m'en garde ! Comment un pauvre petit
vieux contrefait comme je le suis, eût-il pu songer
à se mesurer avec un gaillard de votre apparence ? -
Vous vous êtes pourtant jeté sur moi et vous m'avez
même terrassé un instant ! - Terrassé, moi ! Ne serait-ce
pas plutôt ?... il était fort, le sauterne ! Vous vouliez
tout casser chez moi ! Mais, puisque nous ne nous souvenons
pas bien ni l'un ni l'autre, achevons d'oublier nos
discordes en déjeunant ensemble de bonne amitié. Je
suis venu ici pour vous prier d'accepter le repas que
vous m'avez forcé d'accepter hier. Je vis alors que
le gnome était un aimable homme, car il me fit servir
un vrai festin où je m'observai sagement à l'endroit
des vins et où il ne fut plus question d'huîtres que
pour les déguster. Je repartais à midi, il m'accompagna
jusqu'au chemin de fer en me laissant sa carte : il
s'appelait tout bonnement M. Gaume.
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