
Madame de Sévigné
(1626-1696)
L'auteur :
Marie de Rabutin-Chantal, baronne de Sévigné, dite la marquise de Sévigné, née le 5 février 1626 à Paris et morte le 17 avril 1696 à Grignan, est une épistolière française. La correspondance de Mme de Sévigné avec sa fille, Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, s’effectua à peu près pendant trente ans en lui écrivant chaque semaine trois à quatre lettres. Les lettres de Mme de Sévigné firent d’abord l’objet d’une première édition clandestine en 1725, comprenant 28 lettres ou extraits de lettres.
L'oeuvre :
Madame
de Sévigné
(A Madame de Grignan 26 avril 1671) Sur la mort de Vatel,
Intendant
de la Maison de Condé Le roi arriva jeudi au soir ; la chasse,
les lanternes, le clair de lune, la promenade, la collation
dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait.
On soupa : il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause
de plusieurs dîners où on s'était pas attendu. Cela saisit Vatel
; il dit plusieurs fois : " je suis perdu d'honneur ; voici
un affront que je ne supporterai pas ". Il dit à Gourville :
" la tête me tourne ; il y a douze nuits que je n'ai dormi ;
aidez-moi à donner des ordres ". Gourville le soulagea en ce
qu'il put. Ce rôti, qui avait manqué, non pas à la table du
roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui revenait toujours à la tête.
Gourville le dit à Monsieur le Prince. Monsieur le Prince alla
jusque dans sa chambre et lui dit : " Vatel, tout va bien, rien
n'a été si beau que souper du roi ". Il lui dit : " Monseigneur,
votre bonté m'achève : je sais que le rôti a manqué à deux tables
". Vatel va à sa chambre, met son épée contre la porte, et se
la passe au travers du corps, mais ce ne fut qu'au troisième
coup, car il s'en donna deux qui n'étaient pas mortels.
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