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Sommaire littérature
Edouard
NIGNON
(1865 - 1934)
Edouard Nignon fut
l'un des grands chefs cuisiniers de la première moitié
du XXème siècle, il fut d'abord cuisinier du Tsar,
puis de l'empereur d'Autriche, avant de devenir propriétaire
du célèbre restaurant Larue rue Royale à
Paris. Il est aussi l'auteur des "Eloges de la cuisine française"
et "l'Heptaméron des gourmets"
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Que
porte donc en lui ce mot de Rissole ? Tout le troublant mystère
de la cuisine ! Je n'entends pas ici par le mot de rissole, et
suivant la définition des dictionnaires, la pâtisserie qui renferme
une farce de viande, de poisson ou de légumes, la mignonne friandise
blonde qui revêt la forme d'une croustillante pomme de terre soufflée.
La rissole est autrement complexe : il s'agit du trésor qui vient
embaumer les mets d'une odeur et d'une saveur ineffables; c'est
le bruit délicieux qui s'évade des casseroles, de la rôtissoire,
de la poêle où se havissent des chairs délicates. C'est la torréfaction
des graisses, qui forme, avec les sucs de la chair, ce fameux
gratin aux nuances dégradées de l'ambre blond à l'or le plus éclatant
! Sous la bienfaisante action de la chaleur, la chair laisse couler
au fond du vase ses sucs et ses parfums dont résultera la Rissole.
Pour atteindre le succès, il est indispensable de prodiguer à
sa préparation des soins assidu s, de lui témoigner les plus scrupuleuses
attentions. Lorsque le récipient est couvert et que la chair se
havit, tout un travail mystérieux se développe à l'intérieur,
une suave buée monte, vient se condenser sur le couvercle, retombe
en impondérable rosée sur la chair, s'abreuve, s'imprègne de ses
sucs, de ses parfums, et glisse au fond du vase où le cycle de
sa composition se trouve enfin suspendu. C'est l'instant où l'ouïe,
l'odorat doivent être en éveil. L'averti praticien saura le moment
précis qui requiert son intervention : alors, selon les circonstances
et l'opportunité, il jettera dans la rissole quelques gouttes
d'un vin fameux, ou du blond de veau, ou plus simplement quelques
cuillerées d'eau froide. Si la chair doit être étuvée, entretenez-la
dans un bain au quart de sa hauteur; si elle doit être braisée,
mouillez-la entièrement. Quelle que soit la méthode de cuisson,
si la rissole est bien réussie, la chair recevra sa richesse et
gagnera sa succulence. La rissole, baume précieux qui nourrit
et idéalise la chair, agit ainsi que les diamants de la rosée
matinale dont les pleurs régénèrent les fleurs assoupies... Quoi
de plus délectable qu'une belle volaille cuite en sa rissole,
lorsque sur tout son corps rayonnant de blondeur, se seront épandues
les larmes embaumantes d'un vin d'île méditerranéen ? La rissole
va se transmuer en un philtre merveilleux qui dispersera sur le
corps de l'oiseau un flot de séraphiques baisers divinisant sa
chair opaline !...
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