""Il
est une question qui m'intéresse tout autrement, et dont
le "salut de l'humanité" dépend beaucoup
plus que de n'importe quelle ancienne subtilité de théologien:
c'est la question du régime alimentaire. Pour plus de commodité,on
peut se la formuler ainsi:" Comment au juste dois-tu te nourrir
pour atteindre au maximum de ta force, de la virtù au sens
de la Renaissance, de la vertu garantie sans moraline. "
La nouvelle évaluation Nitzchéenne fait de la diététique
un art de vivre, une philosophie de l'existence susceptible d'effets
pratiques. Alchimie de l'efficacité.
Nietzchze plus que tout autre philosophe, a dit le rôle
déterminant du corps dans l'élaboration d'une pensée,
d'une oeuvre. Très tôt il a établi la parenté
entre la physiologie et l'idée: "Le travestissement
inconscient des besoins physiologiquessous les masques de l'objectivité,
de l'idée, de la pure intellecttualité, est capable
de prendre des prportions effarantes- et je me suis demandé
assez souvent si, tout compte fait, la philosophie jusqu'alors
n'aurait pas absolument consité en une éxégèse
du corps et un malentendu du corps. " De la métaphysique
comme résidu de a chair.(...)
Au
sujet de Cornaro, auteur Vénitien d'un "discours
sur la vie sobre"
"La condition première de la longévité,
l'extraordinaire lenteur du métabolisme, la faible consommation
energétique, était la cause de son régime
maigre. Il n'était pas libre de manger plus ou moins ,sa
frugalité n'était pas une libre décision
de son "libre-arbitre": il tombait malade quand il mangeait
davantage." En fait on ne choisit pas son régime alimentaire:
on trouve seulement celui qui est le plus en adéquation
avec la nécessité de son propre organisme. La diététique
est la science de l'acceptation du règne de la nécessité
par la médiation de l'intelligence: il s'agit de comprendre
ce qui convient le mieux au corps et non de choisir au hasard,
suivant des critères ignorants de la nécessité
corporelle"
Nietzche
part en guerre contre l'alimentation de l'homme moderne(...) (qui)
s'entend à digérer bien des choses, et même
presque tout - c'est là qu'il place toute son ambition"
L'époque est moyenne: elle vit entre le plantureux et le
précieux. En attendant "L"homo pamphagus n'est
pas l'espèce la plus raffinée" La vulgarité
est dans l'indistinct. L'omnivore est une erreur.
Led éfaut de qualité, le manque de souplesse, de
légèreté, de finesse caractérisent
les alimentations négatives dont l'archétype est
la cuisine allemande. Cette cuisine alla tedesca est caractérisée
par "la soupe avant le repas (...); les viandes trop bouillies,
les légumes rendus gras et farineux; les entremets qui
dégénèrent en pesants presse-papiers"
Le tout copieusement arrosé d'alcools, de bière.
Nietzche répugne à la boisson nationale qu'il rend
responsable de toutes les lourdeurs de civilisation. Il dénonce
la lente dégérescence (qu'elle) provoque dasn l'esprit"
Pas d'alcool non plus. Dans un passage autobiographique, Nietzche
confie:
"Assez curieusement, alors que je suis si facilement indisposé
par de petites doses d'alcool fortement étendu d'eau, je
deviens preque un matelot lorsqu'il s'agit de fortes doses".
Il en fit l'expérience au lycée. La mesure c'est
un verre- de vin ou de bière- par repas. Le pain est aussi
à supprimer: il neutralise le goût des autres aliments,
il l'efface: c'est pourquoi il fait partie de tous les repas"
Parmi les légumes, les féculents sont à abnnir.
Dans le riz consommé de manière excessive Nietzche
voit étrangement une invitation à consommer de l'opium
et des stupéfiants. Dans le même ordre d'idées,
il associe les pommes de terre en excès à l'usage
de l'absinthe. Dans les deux cas, l'ingestioon produirait"
des manières du philosophe sont obscures . Aucune tradition
orale ou symbolique ,aucune coutume ne fournit d'argument en ce
sens.
A
la cuisine allemande lourde et dépourvue de subtilité,
Nietzche oppose celle du Piémont, qu'il voit légère
et aérienne. Contre l'alcool , il vante les mérites
de l'eau et confie qu'il ne se sépare jamais d'un gobelet
pour boire aux fontaines dont Nice , Turin ou Sils sont si riches.
Contre le café , il invite au thé, seulement le
matin, peu mais très fort:" Le thé est très
nocif et indispose pour toute une journée quand il est
trop faible, ne serait-ce que d'un degré. 3 Il aime aussi
le choclat et le recommande dasn les pays au climat énervant
incompatible avec la théine. Il comparera les mérites
respectifs du cacao hollandais Van Houten et du suisse Sprüngli.
(...) En 1877, son programme alimentaire était le suivant:"
Midi: bouillon Liebig, un quart de cuiller à thé
avant le repas.Deux sandwiches au jambon et un eouf avec du pain.
Cinq moixLait sucré avec une biscotte ou trois biscuits.
" En juin 1879, il en est toujours au même point, mais
ajoute des figues et multiplie sa consommation de lait- vraisemblablement
pouratténuer ses douleurs d'estomac. La viande est presque
absente, elle coûte cher.
a diététique Nitzchéenne est une dynamique
essentielle de la confusion de l'éthique et de l'esthétique,
l'un des beaux arts dont la finalité est le style du vouloir.
Elle est un auxiliaire de l'exercice jubilatoire de soi, tout
du moins de l'effort vers l'allégresse. Art de soi, conjuration
de la nécessité, technique de l'immanence, elle
vaut comme logique théorique et comme volonté d'ennoblissement
du corps par un style de vie noble. De quoi donner forme à
Dyonisos quand le cricifié persiste en remugles. Du Gai
savoir.