"La colère des aubergines" est un recueil de
12 magnifiques récits pleins de saveurs et d'odeurs délicieuses
et d'une vingtaine de recettes.
Au fil de ces histoires le lecteur comprend l'importance et le
role déterminant de la nourriture et des femmes qui la
préparent. Souvenirs d'enfance, secrets de famille, tradition,
religion, cuisine ... petit à petit l'Inde se dévoile.
Des odeurs subtiles de mangues, de currys, d'aubergines frites
et de gingembre vous attendent au détour de ces pages.
Laissez vous transporter, c'est un pur moment de plaisir !
De
l'or en jarres (extrait)
Buaji
comptait sur le bout de ses doigts tout en mesurant le ghî
(beurre clarifié - cuit et écumé). Chaque
cuillerée tombait lourdement comme une motte de terre mouillée
lors d'un glissement de terrain, pour atterrir exactement au centre
du bol tenu d'une main ferme par le
cuisinier. Tous deux regardaient le récipient tandsi que
leurs lèvres formaient silencieusement un chiffre ... sept
... huit ... chaque fois que le ghî en atteignait
la surface avec un son moelleux.
Buaji avait soixante-quinze ans, le cuisinier quelques mois de
plus. Tous deux n'y voyaient plus très clair, mais ne portaient
jamais leurs lunettes quand ils se rencontraient dans la réserve,
chacun préférant se fier à ses yeux affaiblis
plutôt qu'à de quelconques verres optiques pendant
ce moment de concentration intense. Trois fois par jour, Buaji
mesurait avec tant de soin les rations qu'elle remettait au chef
cuisinier qu'aucun grain de riz, de sucre ou de dâl
(terme générique désignant certains pois
et lentilles) en excès ne pénétrait jamais
la cuisine.
La réserve était fermée à clé.
Son contenu n'était visible qu'à six heures et à
onze heures le matin, puis à quatre heures l'après-midi,
pendant dix minutes, comme s'il s'agissait d'objets précieux
exposés dans un musée. Seule pièce de l'énorme
maison au plan décousu dont
l'entrée fût réservée, elle inspirait
crainte et respect aux membres de la famille. Ils se bousculaient
dans les couloirs, envahissaient le salon, se vautraient dans
les multiples chambres, mais dès qu'ils passaient devant
la réserve, leur comportement changeait.
Les hommes accéléraient le pas pour marquer leur
indifférence, sans pouvoir s'empêcher, cédant
à une habitude d'enfance, d'y jeter un bref coup d'oeil.
Les femmes de la maison essayaient toujours de regarder furtivement
à l'intérieur, prenant soin de ne pas tourner la
tête à angle tout à fait droit vers la porte.
Une légende familiale voulait qu'un des récipients
fût empli de pièces d'argent que Buaji cachait parmi
les jarres de condiments. Mais plus que cet argent, je rêvais
des pickles qui y brillaient comme des sequins d'or...
Et
si cet extrait ne vous a pas encore mis l'eau à la bouche
... peut être la recette des aubergines frites le fera t
elle ;o)
2
grosses aubergines rondes
1 grande cuillère de farine
poudre de curcuma
sel
poudre de piment
3 grandes cuillères d'huile
Après
avoir coupé les aubergines en tranches rondes, d'épaisseur
moyenne, enduisez-les d'un mélange de poudre de curcuma,
de piment et de sel sur chaque face, puis trempez-les dans la
farine. Faites frire à l'huile bouillante. Disposez sur
du papier absorbant qui retiendra l'excès d'huile. Mangez
immédiatement, bien chaud, seul ou accompagné de
riz. Ces aubergines frites sont servies en hors-d'oeuvre dans
tout festin bengali qui se respecte.