Rappel
: la cardinalisation c'est le changement de couleur que prennent
les crustacés comme le homard ou la langouste lors de la
cuisson. Leur couleur devient + ou - rouge vif (comme la robe
d'un cardinal) selon la cuisson.
Aprés
avoir publié ces conseils de cuisson
des gros crustacés , je me suis interrogé sur
la coloration des carapaces. J'ai
remarqué que le homard ne prenait pas la même couleur
selon la cuisson pocher ou cuit au beurre.
J'ai
donc envoyé mes questions à Hervé This
Bertrand
Simon :
"Classiquement j'ai appris à cuire
mes crustacés dans une eau vinaigrée avec une bonne garniture
aromatique. L'argument sur la presence d'acide était celui ci!
"C'est pour le calcaire de la carapace".. sans plus.. il est temps
que j'y vois un peu plus clair. Je crois effectivement que la
presence de vinaigre active certainement le phénomene de la cardinalisation,
mais comment l'expliquer... De plus j'ai remarqué que le
homard tronçonné et cuit à cru dans le beurre
chaud prenait une couleur plus forte et dégageait des arômes
différents."
Hervé
This:
Il y a deux questions séparées.
La carapace est composée, au premier ordre, de matière minérale
(qui se dissout dans un acide : mettez, à froid, une carapace
dans du vinaigre) et de chitine. La chitine devient intéressante
quand on la cuit à chaud (carapaces seules, dans l'huile très
chaude, puis extraction à l'eau).
Quelle est votre procédure, et à quelle étape?
Bertrand
Simon:
" Donc si je cuis dans du vinaigre
je dissous une partie du calcaire et la chitine réagit ,de ce
fait à la chaleur en changeant de couleur !! Pour le homard cuit
au beurre, c'est différent, je tronconne, et je fais cuire les
morceaux dans du beurre chaud.
Je remarque une production d'arômes nouveaux; Ca doit être
la chitine qui réagit et qui donne ce parfum particulier
qu'on ne retrouve pas dans le crustacé seulement poché,
en revanche on observe quand même cette cardinalisation mais bien
plus forte et plus foncée que le homard cuit seulement pochée.
Je n'ai pas de homard sous la main !! mais j'imagine qu'en plaçant
la carapace dans le vinaigre on aura une effevescence qui montre
la dissolution du calacaire, mais le cas particulier du homard/
langouste/tourteau/étrilles etc.. c'est qu'on les traite
vivants !! est ce que la réaction sera différente. Pour
la chitine pouvez vous m'expliciter davantage car je ne connais
pas !! On peut diffcilerment dissocier la partie calcaire de la
chitine puisque elles sont communes à la carapace."
Hervé
This:
Mais je repose ma question : au départ, qu'est ce que vous
faites exactement et pourquoi? Quand j'aurais la réponse à cette
question, ce sera plus facile de répondre.
Bertrand
Simon
Il y a en fait deux moyens (enfin
que je connaisse) pour apprêter les crustacés (prenons l'exemple
du homard)
Pocher: C'est à dire, cuit dans l'eau bouillante vinaigrée, salée
et fortement vinaigrée. On remarque un brutal chagement de couleur.
Est ce que le vinaigre sert à dissoudre en partie une partie du
calcaire de surface de la carapace et du fait (lu page 25 des
secrets de la casserole) de la haute température de l'eau l'astraxhantine
se dissocie et donne la couleur rouge ?.
Hervé
This:
A noter que oui, si l'on met une carapace dans du vinaigre,
on voit des bulles de CO2. Et la coquille s'amollit. Il reste
la chitine. Et la chitine, qui est un polysaccharide, se dégrade
de façon intéressante à la chaleur vive (frit!) en formant des
furanes et autres composés aromatiques puissants.
Chef
Simon:
Je comprends mieux pourquoi le homard tronçonné
à cru et cuit au beurre chaud (vous dites" frit") -friture ou
rissoler au beurre colore plus fortement et dégage de tels
arômes
L'exemple
que je vous avais soumis partait d'une recette simple : le
homard comme à Beuzec...tronçonner les abdomens des
bestioles, fendre les pinces et les cuire au beurre noisette en
les retournant réguliérement , la cuisson se termine à couvert
sur le feu doux.
Donc
je comprends bien mieux pourquoi je constate un goût différent
avec les deux méthodes, les élèments contenus
dans la carapace ne se dissocient qu'à la chaleur élevée donc
au dessus de 100°C puisque le beurre ou l'huile peuvent atteindre
des températures supérieures, le changement de couleur est donc
différent (le rouge du homard poché, ne sera pas le même
(plus pâle) que celui du homard cuit au beurre chaud (plus foncé)
Entretien
du 9 et 10 janvier 2001