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Harris (Thomas)

Harris (Thomas)

Harris (Thomas)

L'auteur

Thomas Harris , né en 1940 à Jackson dans le Tennessee, est un journaliste et écrivain américain de langue anglaise spécialisé dans le thriller.

L'oeuvre

C'est la suite du livre "Le silence des agneaux".
Hannibal Lecter, serial Killer se dévoile comme étant un personnage doué d'une culture extraordinaire, d'un goût prononcé pour l'épicurisme et d'une éducation parfaite. Son style, sa maîtrise et sa personnalité en ferait un personnage très séduisant; un seul défaut : le docteur Hannibal Lecter est cannibale et comble de l'ironie, il adore cuisiner...

A noter qu'en 1900 on comptait encore 60 millions de cannibales au travers du monde et qu'en 1950 seulement 6 millions.. les traditions culinaires se perdent !
(source Nouvel Obs semaine du 3 au 9 mai 2001)

HANNIBAL (extrait)

(La mise en place)

Il aimait courir les magasins, le docteur Lecter . Il se rendit tout droit chez Hammacher Schlemmer, spécialiste des accessoires de décoration et des ustensiles de cuisine .Là, il prit tout son temps. La tête encore pleine de l'odeur et du calme de la forêt, il mesura avec son mètre de poche trois paniers à pique-nique de bonne taille, tous en rotin verni avec des courroies en cuir et de solides attaches en laiton. Il se décida finalement pour le moins imposant, puisqu'il s'agissait de pique-niquer en solitaire. Le panier était équipé d'une thermos, de gobelets, d'assiettes en porcelaine résistante et de couverts en acier inoxydable. Il fallait acheter l'ensemble.

En s'arrêtant ensuite chez Tiffany puis à la boutique Christofle, il remplaça les lourdes assiettes par un service de Gien à décor dit "de chasse", avec feuilles ciselées et oiseaux en vol. Chez Christofle, il se procura un service pour une personne en argenterie française du XIX éme siècle, sa préférée, à motif Cardinal, avec la marque du fabricant dans le creux des cuillères et le poinçon de la ville de paris garantissant le titre du métal au dos des manches.

Les fourchettes, très incurvées, avaient des dents largement écartées. Les couteaux étaient lestés pour peser agréablement dans la paume et d'ailleurs toutes les pièces, une fois en main, donnaient l'impression de tenir un bon pistolet de duel. En matière de cristal, il hésita longtemps sur la taille des verres à dégustation avant d'élire un ballon à cognac élancé. Pour les verres à vin, par contre, la cause était entendue: il acheta des Riedel en deux tailles, chaque modèle laissant toute la place nécessaire au nez.

C'est aussi chez Christofle qu'il trouva des napperons en lin d'un blanc crémeux, ainsi que de superbes serviettes damassées, ornées dans un coin d'une minuscule rose de Damas, comme une goutte de sang brodée. Amusé par le jeu de mots que suggérait cette décoration, il en prit six afin de ne jamais en manquer quand certaines seraient à la blanchisserie.

Il fit ensuite l'acquisition de deux réchauds à alcool très puissants, du même modèle que ceux utilisés sur les dessertes de restaurant, d'une ravissante sauteuse en cuivre et d'un fait-tout, également en cuivre, qu'il réservait aux sauces, ces deux ustensiles en provenance du fabricant parisien Dehillerin, ainsi que deux fouets de cuisine en provenance du fabricant parisien . Il ne réussit cependant pas à trouver des couteaux en acier trempé, qu'il préférait de loin à l'inoxydable, pas plus que certains outils à découper destinés à un usage particulier qu'il avait été obligé de laisser en Italie.

Sa dernière étape fut un magasin de matériel médical non loin du principal hôpital de la ville, où il trouva une excellente affaire en l'espèce, une scie d'autopsie Stryker pratiquement neuve. L'instrument n'avait pas seulement l'avantage de s'emboîter exactement à la place originellement prévue pour la thermos dans son panier, il était encore sous garantie et équipé de plusieurs lames interchangeables, dont une pour la boîte crânienne.Ainsi sa "batterie de cuisine " comme disent les Français, était presque complète.

Chez le docteur Lecter, les portes-fenêtres sont maintenant ouvertes à la fraîcheur de la nuit . Sous la lune et les ombres mouvantes des nuages, la baie est tantôt argent, tantôt de suie. Un de ses nouveaux verres en cristal est posé sur un chandelier à pied près de l'épinette. Le bouquet du vin se mêle à l'air marin et le docteur Lecter peut le humer sans même avoir à retirer ses mains du clavier.

Dans sa vie, il a eu des clavicorde, un virginal et encore d'autres instruments anciens, mais il aime par dessus tout le son et le toucher de l'épinette (...)


(L'apéritif)

Starling fut réveillé par les accords lointains de musique de chambre et par des arômes de cuisine épicée. Elle se sentait merveilleusement reposée, et affamée. Il y eut un coup discret frappé à la porte et le docteur Lecter entra, vêtu d'un pantalon sombre, d'une chemise blanche et d'un foulard de soie. Il portait une housse à habits sous un bras et un cappucino dans l'autre main, pour elle.

-Vous avez bien dormi ?
-Magnifiquement, merci.
-Le chef m'annonce que le dîner sera servi dans une heure et demie. Cela vous convient ? J'ai pensé que ceci pourrait vous plaire. A vous de voir .

Il suspendit la housse dans le placard et se retira sans un mot de plus.

(...)

Deux verres étaient préparés devant l'âtre. Il reprit contenance en allant les prendre et en en tendant un à Clarice Starling. Du Lillet avec un zeste d'orange.
-Même si je vous voyais tous les jours encore, à jamais, je me souviendrais de ce moment.
Ses yeux sombres ne la quittaient pas.
(...)

Elle leva son apéritif à hauteur de son regard égal de fille de la Prairie, ferme sur sa position.

A cet instant le docteur Lecter comprit que, malgré tout son savoir et son intrusion dans la vie privée de Starling, il ne serait jamais entièrement capable de prévoir ses réactions, et encore moins de l'avoir sous sa coupe.

(...)

-Clarice, le dîner est un tribut au goût et à l'odorat, les plus anciens des sens et aussi les plus proches du centre de la pensée. Le goût et l'odorat résident dans des régions de l'esprit qui ont préséance sur la pitié, et la pitié n'est pas reçue à ma table. Mais le cérémonial, le spectacle et les échanges du dîner jouent sur le dôme du cortex tels les miracles illuminés au plafond d'une église. Cela peut se révéler bien plus passionnant qu'une pièce de théâtre.
(...)Le docteur Lecter injecte une substance dans le bras de Starling


(Le service)

Avertissement ce passage peut choquer le lecteur sensible.

A leur entrée dans la salle à manger, le courant d'air fit frémir des bougies et des chauffe-plats. Starling, qui s'était jusqu'alors contentée de traverser cette pièce, fut émerveillée par les transformations apportées. Tout était lumineux, accueillant. Les grands verres en cristal bien rangés multipliaient l'éclat des chandelles sur la nappe crémeuse, un écran de fleurs délimitait un espace plus intime sur l'immense table.

Comme le docteur Lecter avait disposé l'argenterie au tout dernier moment, elle sentit une chaleur de fièvre sur le manche du couteau lorsqu'elle effleura ses couverts.
Après lui avoir versé à boire, le docteur lui servit un amuse-gueule minimaliste, une unique belon flanquée d'une minuscule saucisse. Il était pressé de s'asseoir devant son verre de vin empli à moitié et d'admirer sa convive dans le cadre du dîner. (...)

-C'est quoi le menu ?
Il posa son index sur les lèvres.
-Il ne faut pas demander, cela gâche la surprise.
Ils parlèrent de la technique de taille des pennes de corneille et de leurs effets sur la sonorité de l'épinette. Le souvenir de l'un de ces oiseaux venu chaparder sur le chariot de service de sa mère au balcon d'un motel, des lustres auparavant, traversa l'esprit de Starling(...)
-Vous avez faim ?
-Oui !
-Alors passons aux entrées.
Il alla chercher un plateau sur la desserte, qu'il posa près de sa place, puis approcha une table roulante sur laquelle étaient alignés ses casseroles, ses réchauds et ses condiments dans de petits bols en cristal.

D'abord un bon morceau de beurre des Charentes dans le fait-tout, qu'il remua sur le feu et laissa brunir jusqu'à obtenir un authentique " beurre noisette". Lorsque la préparation parvint à la couleur voulue, il mit le réchaud de côté, sur un dessous de plat. Il sourit à Starling. Ses dents étaient très blanches.
-Vous vous rappelez, ce que nous avons dit à propos des remarques déplaisantes qui peuvent devenir très amusantes selon le contexte, Clarice ?
-Ce beurre sent merveilleusement bon ! Oui, je m'en souviens.
-Et vous n'avez pas oublié la femme que vous avez vue dans le miroir, à quel point elle était belle ?
-Ne m'en veuillez pas de dire ça docteur Lecter, mais je commence à me sentir un peu comme à la maternelle, là ! Je me la rappelle parfaitement, oui .
-Parfait.. Mr Krendler va se joindre à nous pour les entrées.

A ces mots, il s'empara du grand bouquet et alla le poser sur la desserte.

Le sous-inspecteur général Paul Kendler en personne était assis à la table, dans un solide fauteuil en chêne. Il ouvrit de grands yeux et regarda autour de lui. Il portait son bandeau de jogging et un très beau costume d'ordonnateur des pompes funèbres, avec la chemise et la cravate intégrés.(...)

Le docteur Lecter avait déjà saisi une pince en argent sur la desserte avec la quelle il retira d'un coup sec l'adhésif qui couvrait la bouche de Krendler
-Encore bonsoir Mr Krendler.
-Bonsoir.
Il n'avait pas tout à fait l'air dans son état normal. Son couvert était mis, une petite soupière individuelle posée sur son assiette.(...)
(S'ensuit un dialogue, Krendler insulte Starling, continue à la menacer et à la harceler moralement)

-Ne nous attendez pas, Mr Krendler, intervint le docteur Lecter. Goûtez votre potage, pendant qu'il est encore chaud. Il souleva le couvercle de la petite soupière et glissa une paille entre les lèvres de Kredler.
Celui ci fit la grimace.
-Pas très bonne cette soupe.
-Une infusion de persil et de thym , en fait. Qui est prévue pour notre satisfaction plus que pour la vôtre. Prenez encore quelques gorgées et laissez bien circuler.(...)
(Starling répond à Krendler)
Elle 'arrêta pour prendre une gorgée du merveilleux bourgogne blanc qui emplissait son verre, se tourna vers le docteur Lecter.
-Superbe. Mais à mon avis, on devrait le sortir du seau à glace.
Puis en hôtesse prévenante, elle revint à son invité.
-Vous n'êtes qu'un mufle; annonça-t-elle d'un ton amène. Et un mufle sans le moindre intérêt, en plus. Mais assez gâché ce splendide dîner avec vous. Puisque le docteur Lecter vous reçoit à sa table, je vous souhaite bon appétit.
Le docteur avait ajouté des échalotes à son beurre fondu au moment où leur parfum pénétrant s'éleva, il compléta la sauce avec des câpres émincées, retira la casserole du feu et remplaça par la sauteuse. Il prit un grand bol en cristaux rempli de d'eau glacée et un plateau en argent sur la desserte, les posa près de Paul Krendler. Ce dernier continuait à invectiver Starling (...)

(Le docteur s'approche de Krendler)
Il lui retira son bandeau de jogging, comme on enlève la bande plastifiée autour d'une boîte de caviar.
-Tout ce que nous vous demandons, c'est de manifester une certaine "ouverture d'esprit"...
Avec précaution, des deux mains, il souleva la calotte crânienne de Kredler, l'installa sur le plateau et rapporta le tout à la desserte. L'incision, très nette, ne saignait pratiquement pas: les principaux vaisseaux avaient été ligaturés, les autres neutralisés par une anesthésie locale et le crâne scié à la cuisine, une demi-heure avant le début du dîner.

La méthode utilisée par le docteur Lecter était aussi ancienne que la médecine égyptienne, sinon qu'il avait pu profiter des avantages modernes d'une scie d'autopsie, d'un craniotome et d'anesthésiques plus puissants. Le cerveau ne ressent pas la douleur quand elle s'applique à lui-même.

Au-dessus de la boîte crânienne tronquée, le dôme de la masse cervicale, d'un rose grisâtre, émergeait nettement.
Penché sur Krendler avec un instrument qui ressemblait à une curette d'amydalectomie, le docteur Lecter préleva une tranche du lobe frontal, une autre encore jusqu'à en avoir retiré quatre. Les yeux de Krendler étaient levés comme s'il surveillait l'opération. Le docteur déposa les tranches dans le bol d'eau glacé, acidulée d'un jus de citron, afin d'en raffermir la chair.
(...)
La gastronomie classique veut que la cervelle soit rincée, essorée et mise au frais une nuit entière pour lui donner toute sa fermeté. Il s'agit d'éviter que la pièce, exposée à l'air depuis peu, ne se désintègre en un petit tas de gélatine informe.

Avec une admirable dextérité, le docteur Lecter coucha les tranches raffermies sur une assiette, les saupoudra de farine assaisonnée puis de miettes de brioches à peine sortie du four. Il râpa une truffe fraîche au-dessus de sa sauce, qu'il releva d'un trait de jus de citron. IL saisit rapidement les tranches, les faisant dorer de chaque côté.
-Ca sent bon ! croassa Krendler.
Après avoir dressé les filets sur des canapés, il les nappa de sauce et de lamelles de truffe. Sur les assiettes chaudes, une garniture de persil et de câpres non équeutées, ainsi qu'une fleur de capucine couchée sur un lit de cresson pour rehausser l'ensemble, vinrent compléter sa présentation.
La voix de Krendler s'éleva derrière le bouquet qui avait été replacé en écran devant lui, avec une force incontrôlée, comme c'était souvent le cas chez les sujets ayant subi une lobotomie:
-Comment c'est ?
-Délicieux, vraiment fit Straling. C'est la première fois que je mange des câpres.

Le docteur Lecter trouvait ses lèvres particulièrement troublantes sous le luisant subtil que leur donnait la sauce.
Derrière son rideau de verdure, Krendler chantonnait, pour l'essentiel des refrains de jardin d'enfants. Sa conduite l'exposait aux remontrances, mais le docteur et Starling l'ignorèrent.
(...) Krendler dans un sursaut reprend une tirade d'insultes à l'encontre de Starling)

-Attendez(...) quand je vais en redemander encore ! Répliqua Starling, ce qui provoqua chez Hannibal Lecter une jubilation qu'il eut du mal à contenir.
Lorsqu'ils se resservirent, le lobe frontal disparut dans son entier ou presque pratiquement jusqu'au cortex cérébral moteur. Krendler en fut réduit à d'absurdes remarques limitées à son champ de vision immédiat et, derrière le bouquet à la récitation ânonnante d'un long et obscène poème intitulé "Shine".
(...) Le docteur Lecter achève Krendler par un lancer d'arbalète)
-Poursuivons notre dîner, dit le docteur. Un petit sorbet pour nous rafraîchir le palais avant de passer aux cailles. Non, non, ne vous dérangez pas! Mr Krendler va m'aider à débarrasser, si vous voulez bien l'excuser...
Le service fut des plus rapides. A l'abri du rideau floral, Lecter racla le fond des assiettes dans le crâne ouvert, les empila sur les genoux de Krendler, remit la calotte, saisit la corde du plateau à roulettes sur lequel son fauteuil était fixé et entraîna le tout à la cuisine.
Là il retendit son arbalète, qui avait l'avantage de pouvoir se brancher sur la batterie de sa scie d'autopsie.

Les cailles, farcies au foie gras avaient la peau craquante à souhait (...) Le dessert serait servi au salon.

Paul Krendler est le supérieur hiérarchique de l'agent spécial Starling, elle l'a éconduit par le passé et celui ci n'a de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues.Z

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Un article ajouté le 29/02/16  - Mis à jour le 10/03/22 .

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